Drobeta-Turnu-Severin, Roumanie - Pour les enfants qui profitent de cette lecture pour améliorer leurs connaissances en géographie, il est à noter que la Roumanie est un rare pays qui doit partager son drapeau avec un autre pays. Imaginez vous donc que le Tchad a choisi exactement les mêmes couleurs. Ces deux pays ont des drapeaux indifférentiables, à moins d'être un expert Sico qui voit la vie en palette Pantone.
À Negotin, hier soir, on est vraiment tombé sur un bon hôtel. Personnel attentionné, belle chambre, un balcon, une piscine (que nous n'avons pas utilisée), mais surtout un excellent déjeuner. Le buffet avait tout ce qu'on peut désirer le matin avec un toaster et du bon café. Alors qu'on a terminé, on nous apporte une crêpe succulente qui donne des ailes à Monia qui décolle comme un F-18 aussitôt embarquée sur le vélo.
Moi, ce matin, je suis comme un vieux Cadillac V8, il faut que je me prenne de l'air pour atteindre ma vitesse de croisière. Ça doit être les choux à la crème king-size de la veille qui encrassent l'injecteur. Ça m'a pris 10 km pour me partir comme il faut. Là, on a aperçu le Danube pour une première fois cette année.
On s'en est approché au point où notre route s'est transformé en sentier étroit et caillouteux à la hauteur du fleuve.
Ça n'avance pas vite, c'est cahoteux, mais beaucoup moins pire que dans la forêt il y a deux jours. C'est pittoresque, mais difficile d'en profiter, car on doit demeurer attentif aux aléas du sentier. Ça a duré 7 km, on a rejoint un village où notre route s'est faufilée le long d'un cimetière. Deux particularités ici avec les morts. On colle les avis de décès sur les poteaux et on lamine la photo des défunts à même l'épitaphe. Vous comprendrez que je n'ai pas de photos (peut-être aussi que vous ne comprendrez pas, mais Monia refuse que je photographie des morts. "Qu'est-ce que tu dirais si.... ?", "Mais, m'en fiche, je vais être mort").
On est donc le long du cimetière et le GPS nous guide gentiment dans une trail de sable qui monte trop à pic. Ah, mais décidément l'auteur de cette route trans-européenne roule avec un tank ! Heureusement que ce n'est qu'un km à pousser le vélo en essayant d'éviter la fardoche qui grafigne les jarrets pendant que mes bas ravalent. Comme dit ma mère des gens fatigants: "Tannant comme un bas qui ravale". Effectivement.
Au bout de ces ornières approximatives, on rejoint la route E771 dont l'asphalte est impeccable et la circulation très faible. Le bonheur sur deux roues, enfin ça tourne à 30 km/h. Si ce n'était de ce tracteur qui suit Monia de près à peu près à la même vitesse. Sur 10 km, dans mon miroir, j'ai l'impression de revoir le film Duel de Spielberg avec le tracteur qui semble avoir pris Monia en chasse.
On se délecte longtemps de cette route plutôt planche de très bonne qualité idéale pour le cyclotourisme. Après quelques villages, une croisée de chemin offre de suivre le long méandre du Danube sur 30 km ou de piquer à travers sur 10 km au prix d'une petite pente. Notre route originale fait le méandre, mais notre instinct nous guide à piquer à travers et s'épargner 20 km.
Au sommet de cette butte, un dépotoir laisse échapper une odeur de brûlé et une fumée âcre. Des dizaines de corbeaux font la navette entre la décharge fumante et un gros arbre plus près de la route. On dirait le deuxième volet de notre programme double Ciné-quiz avec Les Oiseaux de Hitchcock.
Arrivés à Kladovo, on aperçoit Drobeta de l'autre côté du fleuve, mais on doit remonter le cours d'eau sur une dizaine de km pour le pont des douanes. On traverse et on avance l'heure. 13:30, nous sommes à l'hôtel au centre de Drobeta.
La ville est un peu bizarre. Les beaux bâtiments sont tous en rénovation, les zones piétonnes sont éparpillées, le bord du fleuve est négligé et une longue rue interdite aux voitures ne connaît aucun développement commercial. Mais notre chambre d'hôtel est énorme (on a été surclassé) et il y a de la bière brune.
On a du temps, on explore en picorant. Gelatos, sandwichs schwarma, fruits, crostinis, café, gâteau, bortsch aux tripes, c'est la belle vie... J'en profite pour nettoyer les vélos. Ça nous fait deux journées plus modestes avant la 150 km de demain.
Ce soir, pendant que Monia s'assoupit, j'entends la rumeur du bar en bas qui explose à chaque but de la Roumanie qui rencontre la Hongrie dans un match de soccer qui semble très suivi. J'espère que la partie achève...
44.63152,22.65088
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Trame sonore du jour:
Un Magasin Qui N'Existe Pas, Jérôme Minière/Lhasa De Sela, Chez Herri Kopter
«Dans un magasin qui n'existe pas
J'ai trouvé des choses sans nom
Dans un magasin qui n'existe pas
Des nuées d'oiseaux partent vers le sud et ça ne coûte rien »
J'ai trouvé des choses sans nom
Dans un magasin qui n'existe pas
Des nuées d'oiseaux partent vers le sud et ça ne coûte rien »
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Location:Drobeta-Turnu Severin,Roumanie
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