Osijek, Croatie - Je trouve toujours que c'est un défi de ne pas parler de météo avec les gens qu'on rencontre pour quelques minutes, avec qui on transige d'une façon convenue et où le silence serait inconfortable. Par exemple, je fais presque toujours le plein chez monsieur Lequin sur la rue Shefford à Bromont. C'est une rare station d'essence avec service et j'aime bien encourager ce commerce de village. Ils font la mise au point de ma tondeuse chaque année et il y a ou bien de l'eau ou bien des graines dans l'gaz, qu'il dit, alors que c'est lui qui me l'vend, mais ça, c'est une autre histoire. Systématiquement, quand j'arrive à la pompe (en auto, pas en tondeuse), je sors du véhicule et j'attends que monsieur ou son épouse vienne remplir la Civic d'ordinaire. Ça fait plusieurs années et je m'en tire rarement sans qu'on parle de météo. "Ils (qui donc ?) nous en ont envoyé une bonne bordée hier", "C'est sec, on est dû pour de la pluie", "C'est pas si frette, si c'était pas du vent", "Le fond d'l'air est frais". J'ai réussi quelques fois à court-circuiter le sujet et apprendre qu'il allait chercher son muffin à l'Âme du Pain tous les matins, que Tony Accurso, c'est un méchant moineau, mais sinon, l'interface publique de monsieur Lequin et son épouse se résume à l'anthologie de la couleur du temps. Il faut croire que c'est plus important qu'on le pense.
Ce matin, c'est sombre. Le temps est gris, comme on dit. C'est consistant avec les trois applications météo qu'on regarde quotidiennement sur le iPhone. Nous sommes équipés pour rouler dans la flotte, mais bien sûr, comme tout le monde, on préfère le soleil quand on est en plein air. Ainsi donc, on appréhende un peu le départ et on est grisounets comme le temps.
Avant de sortir, Monia se rend compte que son sac d'hydratation est trempé. Elle en ressort la poche-réservoir et on réalise que c'est foutu, ça va goutter sans cesse par l'embouchure qui est déboitée. Monia a beau avoir fait une formation en rééducation périnéale pour traiter l'incontinence, elle ne peut rien pour cette poche fuyante. C'est la poubelle et elle déleste son dos de 2 kg d'eau pour le reste du voyage. Y a pas à s'en faire, on a 4 porte-bouteilles.
On quitte Novi Sad, très belle ville, par une belle piste le long du fleuve. 10 km plus loin, sans avoir reçu une goutte de pluie et commençant à trouver qu'il fait chaud, on enlève nos jackets. On fait un peu de banlieue morne et grise et on aboutit de nouveau en campagne, mais l'étalement urbain nous garde de trop de tranquillité. Quand on arrive aux douanes croates, on a 50 km au compteur et les cumulos-nimbus n'ont toujours rien précipité.
Déjà, on a meilleur mine, nouveau pays, nouvelle route. Les nuages sont pourtant toujours là, mais après quelques kilomètres, le ciel laisse paraître du bleu clair. On voit même notre ombre sur l'asphalte de temps en temps. L'humeur change avec la couleur du temps. Monsieur Lequin aurait dit que "Ça r'gardait mal, mais c'est passé en vent". Pour ma part, j'ai ma théorie que les dépressions (barométriques) renversent les fluxs d'air et que dans ce temps là, il vente à l'envers. Dans notre cas, c'est une bonne nouvelle et on a effectivement roulé avec un vent aux fesses une partie de la matinée. Ça peut avoir contribué au changement d'humeur. Quand à la dépression tout court, il faut prendre son oméga3 ou tout autre substance prescrite.
Sur le GPS, le profil d'élévation dans cette section se présentait comme une parfaite ligne horizontale, mais avec de petites ébréchures qui brisaient la ligne de temps en temps. Sur le terrain, ces ébréchures du relief n'avaient souvent que la largeur de la route, un peu comme si le terrain s'était affaissé sous le poids du bitume.
On a roulé dans la vigne, les tournesols et les vergers tout l'après-midi. Que de belles odeurs de vin, de terre retournée et de biscuits feuille d'érable. Ça c'est comme une odeur de rappel pour Monia. Même si c'est impossible que ça sente vraiment ça, elle ressent cette odeur de temps en temps comme si c'était réel. On a tous des odeurs de rappel et c'est souvent un réconfort nostalgique familial. La grisaille est passée, l'odeur est joyeuse, j'imagine Monia à 10 ans à la table de la cuisine en train de boire un verre de lait assise à côté de son papa qui déguste des biscuits feuille d'érable, ses préférés...
Semble-t-il que les grenouilles coassent et les corbeaux croassent, mais probablement qu'ici les gens croatent. N'importe, ils pavent bien les routes, c'est le jour et la nuit sous les pneus entre la Serbie et la Croatie.
On rentre sur Osijek vers 15:00, le ciel s'est barbouillé de nouveau, mais pas une seule goutte pendant qu'on roulait. Notre chambre est vraiment petite, c'est comme une chambre de résidence étudiante, mais c'est propre. Après les douches, on a juste le temps de photographier l'église St-Pierre et St-Paul que la pluie commence pour de bon. Quelle veine, juste après notre arrivée.
Quand on essaie de faire de belles photographies, on découvre que plus souvent qu'autrement le ciel est blanc et c'est un défi de faire contraste et de balancer ses tons. Ce n'est cependant pas demain la veille que la miss météo va nous annoncer un ciel blanc. Faudrait que j'en parle au pompiste.
On a plus de 1000 km au compteur et on s'approche de Budapest où on fera les touristes pendant quelques jours. On a encore quelques kilomètres sur des routes de qualité croate on l'espère. En tout cas, grosse journée demain, car le festival du paprika de Kalocsa nous oblige à pousser plus loin pour faire dodo. On est fin prêt, surtout qu'on nous annonce du ciel gris pâle, avec des touches de bleu, mais tirant sur le blanc dans la lentille...
45.562205,18.674832
Trame sonore du jour:
La Pluie et le Beau Temps, Ariane Moffatt, MA
« La pluie et le beau temps, c'est pas banal
on n'en parle jamais trop
regarde comme il fait beau»
on n'en parle jamais trop
regarde comme il fait beau»
.
.
- Posted using BlogPress from my iPhone
Location:Trg Marina Držića,Osijek,Croatie
Salut, concernant les biscuits feuille d'érable, de mon souvenir, Monia devrait beaucoup plus sentir le boudin (du samedi midi), les menus du délice du samedi soir et la poutine du dimanche...ou les joe louis ou les demilunes, caramel, billot, le jus quench. :)
RépondreEffacerPour le camel back de Monia, il semble qu'elle ait un problème avec les vieilles affaires.
Il n'y a pas de mauvaise météo finalement. C'est une question d'attitude! ;)
RépondreEffacerBonne route vers l'est!
J'ai lu ce soir les 14 jours en rafale.... mais à rebours! Très intéressant de voir vos expériences dans ces coins de pays. Faut pas avoir peur de sortir de ses pantoufles, bravos!
RépondreEffacerLaurent