2013-09-02

Jour 4: La montagne

133 km. Cum: 191 km.

Blagoevgrad, Bulgarie - Y a-t-il plus grand plaisir que d'être cycliste itinérant. Le sentiment de liberté, le contact des sens avec le milieu ambiant, la symbiose avec le relief, le vent et les chemins du monde me remplissent d'endorphines au centuple de la dose prescrite. Les vents contraires escomptent cette joie du moulineur en cavale, tandis que la pente l'invite au défi.

Aujourd'hui justement, la pente raide est à notre programme. Les longs cols exigent un effort physique aérobique, cela va de soi, mais c'est surtout une question de persévérance, de patience et d'endurance mentale. Surtout quand au fil d'arrivée, on cumule plus de 2200m d'ascension comme aujourd'hui. On attaque ces pentes chacun à sa façon, mais quoi qu'on fasse, c'est dans le coco que ça se passe. Monia a pris notre filleule Marguerite comme focus pour s'inspirer de sa persévérance. Moi, je découpe ça en tranches de 100m vertical en suivant l'altimètre et surtout je me répète cette loi vieille comme l'érection: Tout ce qui monte finit inévitablement par redescendre (temporairement ou pour de bon).

L'autre chose avec les pentes de longue haleine, c'est qu'habituellement elles remboursent l'effort en panorama. Le taux de change à cet égard fût excellent aujourd'hui. La première grimpe de 800 mètres nous a offert une vue sur Strumica et ses nombreuses serres, ses vignes et ses vergers. Plus on monte, plus les vallons ressemblent à la Toscane. Nous avons oscillé comme le S&P TSX dans ses jours hésitants entre 800 et 1100 m. À cette altitude, les alpages clarinent de chèvres qui parfument l'air d'une arôme fromagée (pourquoi donc nos vaches Holstein ne sentent pas le fromage en grains ?). Certains bâtiments ont des allures de chalets suisses (pourtant en Macédoine) et j'imagine que les lois cosmiques de la commutativité font en sorte qu'on a déjà servi de la macédoine au restaurant Chalet Suisse.

Dans la descente vers Berovo situé à 700m, ce sont les pins, qui chauffés par le soleil, nous ramènent par le nez un beau souvenir de Californie. On déguste ce beau trip olfactif à 50 km/h. C'est dans ce village qu'on prend la pause dîner avec les regards curieux de dizaines de jeunes intrigués par nos habits de coureurs cyclistes. On remonte sur la bécane après que la banque ait changé nos dinars en euros.  Rebelote jusqu'à 900m pour une gratifiante descente jusqu'à 550m qui regorge de vergers de prunes bleues. Exit La Pommeraie, si le CLSC de notre bout déménageait ici, ce serait le CSSS La Pruneraie. J'ai eu une pensée pour mes amies ergos, ma gang du projet Interconnexion et toute la gang de la SLA qui nous donne des belles leçons de vie à chaque fois qu'on les rencontre.

Dernier mur de la journée, une escalade de 500 mètres pour rejoindre la douane. Marguerite a poussé Monia jusqu'en haut. De retour en Bulgarie, c'est une descente mémorable de plus de 20 km qui nous a enivré jusqu'en bas. Comme l'a dit ma blonde, l'asphalte était comme une peau de fesse de bébé, ce qui permet de mieux contempler la vallée qui s'ouvre à nos pieds. Wow.

À Blagoevgrad, c'est la galère pour trouver notre hôtel (réservé la veille). Ce n'est pas trouvable, mais quand on le débusque enfin, on se félicite d'avoir persévéré. Les chambres modernes sont très jolies et confortables. Et que dire du resto avec sa cave à vin bien garnie qui a marqué le point admirablement. Choix judicieux de notre bouteille: No Man's Land 2003 de Dementieva, oh là là !

On a essayé de bien se comporter pour redresser notre impair à l'arrivée. On nous a changé de chambres, car le robinet du lavabo était inopérant. C'est rendu dans la seconde chambre qu'on a réalisé que c'était parce que nous n'avions pas bien vu comment l'ouvrir. La fatigue j'imagine. C'est même Monia qui a dû me montrer à partir la douche...  Pour la plomberie, faut croire qu'il vaut mieux travailler en équipe.

Quelle belle journée qui laisse la Macédoine derrière nous. Demain, c'est plus court et c'est le retour du train pour passer en Serbie. Certes plus épuisant qu'un long col interminable...

42.021525,23.103547
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Trame sonore du jour:

The 2nd Law: Unsustainable, Muse, The 2nd Law

«New energy cannot be
created and high-grade
energy is being destroyed
An economy based on endless
growth is unsustainable»


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3 commentaires:

  1. Comme à chaque fois que je vous lis, vous m'impressionnez tellement! J'ai de la misère à aller à la fruiterie de ma ville sans être essoufflée. Bon je l'ai pas eu facile dans les dernières années mais quand même...vous faites le travail pour y arriver!

    Bravo et j'aime bien la trame sonore du jour...muse...j'adore! Bonne route! xxx

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  2. Salut les amis,

    encore cette année j'ai plaisir à vous suivre. Éric tu mentionnes une pensée pour l'équipe mais même à distance tu es le moyeux de la roue Interconexion... Lâchez pas les amis c'est très agréable cette 'Course destination monde' que vous nous faites vivre à chaque année!

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  3. Salut les amis,

    encore cette année j'ai plaisir à vous suivre. Éric tu mentionnes une pensée pour l'équipe mais même à distance tu es le moyeux de la roue Interconexion... Lâchez pas les amis c'est très agréable cette 'Course destination monde' que vous nous faites vivre à chaque année!

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