Bratislava, Slovaquie - À travers les cyclistes qu'on a rencontré hier, un de ceux-ci était originaire de Red Deer en Alberta. Je lui ai raconté que j'avais passé là en '91 à toute vitesse avec Marc Hébert (il ne connaissait pas Marc, ça c'est rare). C'est une anecdote d'une nuitée à Banff, d'un extrême excès de vitesse impuni dans la prairie et d'un lobe frontal encore un peu mou. Évoquer cet épisode m'a rappelé un détail de cette semaine passée à Edmonton en formation pour IBM. Chaque fois qu'on parlait de notre voiture de location, je disais que c'était un "minable Toyota Camry". Marc trouvait drôle que je dise une telle énormité et le soulignait à chaque fois. Je disais ça avec la fausse assurance d'un vrai amateur de voitures sport, alors que j'arrivais à peine à faire les paiements sur mon Acura... automatique. On comprend ces choses là plus tard, mais c'était un symptôme important de ma cécité de l'époque en regard de mes désirs et objectifs réels. Aujourd'hui, je sais que je n'ai aucun sens du moteur, du torque, du plaisir de rétrograder ou de la puissance de la traction intégrale. Mais à 22 ans, je trouvais normal de vouloir aimer les voitures sports. J'étais trop occupé à me conformer à ce que je percevais qu'on attendait de moi au lieu de me brancher directement sur mes propres désirs profonds. Cette seule phrase: "minable Toyota Camry" aurait dû m'éclairer sur mes égarements du temps. Il aura fallu des moments clés au fil des années, parfois durs à passer, pour trouver le vrai moi. Bon, j'imagine que Marc Hébert aurait pu m'organiser ça sur place pour dix fois moins cher qu'une psychanalyse, mais je n'écoutais pas bien la vérité que recelait son rire de dépit.
Tout ça pour dire aux ados et aux jeunes adultes qui me lisent qu'on ne se connaît pas toujours aussi bien qu'on le pense à 15, 25, 35, 45 et probablement même à 55 ans. La question "Qu'est-ce que je veux ?" est sûrement la question la plus importante dans la vie. Toutes les réponses sont bonnes si elles cultivent nos véritables passions que ce soit l'attaque à cinq, l'altitude ou le vent dans la figure. C'est seulement après qu'on se soit branché sur ses vraies passions, qu'on peut s'appliquer noblement à faire en sorte de laisser le monde mieux qu'on l'a pris. Ça vient naturellement quand on est passionné et c'est dans les petits gestes que ça s'incarne. On privilégie l'être sur l'avoir. On apprend à ne plus vouloir Être ce qu'on A, quand on réalise que ce qu'on Est constitue ce qu'on A de plus précieux.
Quand on est sûr de soi, les deux pieds bien ancrés et qu'on entretient la passion par l'effort, rien ne devrait nous arrêter, surtout quand on a 15 ou 20 ans. Il faut aussi réaliser que la critique et le jugement des autres est émis par d'autres mortels soumis à la même distribution normale de compétence. On peut se faire dire qu'on est moyen-faible par un orienteur et faire un excellent informaticien. On peut se faire couper de l'équipe parce qu'on manque de "hockey sense", mais tout de même persévérer et prouver le contraire. On peut se faire dire qu'on n'a aucune chance d'embauche avec une moyenne trop basse et devenir un excellent leader. On peut aussi suivre les conseils de l'orienteur, finir informaticien parce qu'on est dont bien fort en maths et passer ensuite ses vacances à rêver qu'on est chroniqueur en écrivant tous les jours...
Pendant ce temps en Europe centrale, on se réveille pour une première fois en Slovaquie. J'ai déjà dit que le premier petit déjeuner dans un nouveau pays était toujours une surprise. La Slovaquie n'a pas fait exception ce matin. Des sandwiches aplaties au baloney et poivrons verts crus. Ohh... Déjeuner pour ainsi dire inoubliable, surtout sur les premiers km, les poivrons causant quelques rappels éructants. Il faut dire qu'à 26 Euros pour la chambre, déjeuner inclus, il ne fallait pas s'attendre au buffet du Château Bromont.
C'est encore froid ce matin, mais le vent s'est calmé et il n'y a pas de pluie sur le radar dans les prochaines heures. Nos 30 premiers kilomètres sont sur la même route qu'hier avec un accotement assez large, quoique la circulation ne soit pas si lourde. Ça roule très bien, la surface est belle, ça tourne de bons braquets, on est dans notre élément. Que c'est agréable.
On bifurque ensuite sur une route plus tranquille en pleine campagne, au point où nous faisons 2 km de gravier avec quelques belles flaques de boue. Mais c'est ensuite une belle enfilade de petits villages reliés par ce beau ruban d'asphalte qui s'abrite parfois sous une verte charmille.
Le déjeuner soutient mal l'effort et heureusement nous avons fait le plein de barres granola. On espérait trouver une pâtisserie sur la route, mais les villages cachent bien leur jeu. Dans certains cas, les noms laissent même place à quelques doutes sur leur moralité. (Horny Bar = bar cochon)
La dernière section est plus corsée pour entrer dans Bratislava, mais tout compte fait, ça s'est très bien passé. À 12:30, on est à l'hôtel, mais avant même que je demande gentiment si on peut laisser nos bagages et revenir, la marâtre bourrue déguisée en réceptionniste me jappe rudement que le check-in est à 14:00. &$@#%!¥ d'air bête. Les petits gestes qui laissent un monde meilleur, elle, ce n'est pas au travail qu'elle les sème. Michael, le chasseur obéissant à madame, m'a gentiment assisté pour stationner les vélos dans le lobby et on est parti à la recherche d'un lunch.
On s’assoit dans un petit resto avec un menu du jour dans la langue de Jaroslav Halak. Pas de niaisage, on nous dépose immédiatement des soupes. Ça me donne le temps de commencer à traduire suffisamment du menu pour qu'on puisse commander le poulet. Pour la bière, ça fait longtemps que nous avons appris le mot: piva.
À 14:01, on fait le check-in avec la dame fâchée et on a la clé de la chambre. C'est l'heure de la lessive. Il fait froid depuis qu'on a quitté Budapest, alors on est dû pour laver le peu de vêtements chauds que nous avons. Ainsi, pendant que ça sèche, on est contraint de sortir un peu sous la norme considérant le 15 degrés et la pluie froide qui commence. Monia est en robe, je suis en shorts, t-shirt. On se fait regarder pas à peu près.
Nous sommes à 25 minutes du quartier historique, là où ça se passe à Bratislava et c'est tout un micmac pour essayer de déchiffrer le système d'autobus avec ses billets à temps limite et ses circuits tordus. Si la carte des transports n'était pas en format microfilm, peut-être qu'on y verrait clair. On a fini par se rendre, mais on a marché pas mal.
La marche sur les trottoirs, comme les pistes cyclables, représente ici un certain risque. À preuve, cette entrée en escalier à même le trottoir...
Évitant tous les écueils, on s'est vite engouffrés dans une micro-brasserie pour la chaleur et on s'est choisi un excellent restaurant qui nous a tant impressionné qu'on a réservé pour demain. Quand on sait ce qu'on veut et qu'on cultive ce qu'on aime, avec un peu de chance, on finit toujours par satisfaire nos désirs. Même quand tout ce qu'on cherche, c'est juste un peu de chaleur...
48.14789, 17.13341
Trame sonore du jour:
Passe-moi la puck, Les Colocs, Les Colocs
"J'ai dit ben passe-moi' puck
Pis j'vas en compter des buts"
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Location:Niťová,Bratislava,Slovaquie
Belle photo du michael's gate... on est loin d'acoter la richesse historique de l'Europe ici... Bon ok... on a du sirop d'érable,les chutes Niagara et des cabanes en bois rond
RépondreEffacerhttp://en.m.wikipedia.org/wiki/Michael's_Gate
c'est vraiment beau comment tu écris Éric, tu aurais été un très bon chroniqueur ou écrivain ou quelque chose du genre. Ou sinon un très bon prof d'éthique pour parler du sens à la vie et du bonheur. Mais je comprenais mieux la philosophie d'aujourd'hui que la journée des arrivées. Et en plus, je comprenais le lien avec la chanson (que je connais pour une fois). En tout cas, bonne journée demain et continuez votre beau voyage pour être ce que vous aimer ou aller où vous voulez arriver ou je sais pu quoi..
RépondreEffacerCertaines personnes rêvent d'être chroniqueur et elles ont réellement du talent!
RépondreEffacerC'est un bonheur de lire tes réflexions et descriptions.
Nancy
Ps: Si certaines personnes m'ont déjà dit que je chantais vraiment mal, dois-je comprendre qu'elles étaient dans le champ?
Lowsy toyota Camry... que de souvenirs... c'est certains que venant d'un gars qui conduisait une quoi déjà? Pontiac Sierra? BOF... En passant j'ai froid juste a vous lire... un p'tit 2 livres de plus dans votre sacoche...non ?
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