Linz, Autriche - On s'était préparés psychologiquement à affronter le froid. 6 degrés pour partir, on ne fait jamais ça chez-nous. Si on le faisait, ce serait autrement habillés que ça. Ici, au cuissard et au maillot mince à manche longue qu'on porte de base, on peut ajouter le cuissard long, la veste coupe-vent et puis b'en mal pris, les manches d'appoint (arm warmers). C'est tout et c'est suffisant pour décoller autour de 12 C. Mais à 6 C, j'ajouterais un autre maillot épais, des couvre-chaussures en néoprène et mes gants homards. On a rien de ça. On a des robes en masse par exemple. Comme dirait l'autre: "Vous allez souffert !"
Si ce n'était que le froid et la pluie. On est parti à 8:20 en montant pour quitter le village. Et puis on a monté pour quitter le quartier qui entoure le village et on a monté encore un peu pour rejoindre la forêt qui borne les champs cultivés qui entourent le quartier autour du village. Il fallait aussi monter pour atteindre les pylônes qui sont toujours sur la crête avant d'arriver au camp de base des sherpas. Non, mais ça montait en ti-pépére. Avant d'avoir fait 20 km, on avait déjà gagné 600m en vertical. Écrabouillant mon orgueil devant la Fraulein, j'ai même déclippé et poussé mon vélo pour franchir un enième mur à 20% alors que le GPS ne détectait plus de mouvement pendant que je me démenais debout sur les pédales en 39x28.
Jusqu'à Vissy Brod, notre route étroite et accidentée se faufilait dans les forêts de conifères. C'était déroutant pour les sens. Le souffle court, les odeurs de feuilles mortes et de résine, le froid ambiant et l'air humide, au nez j'avais l'impression de faire du trekking autour d'un sommet des Adirondacks ou du New Hampshire. Il me manquait une tuque et des gants. Notre itinéraire a ensuite emprunté des routes plus carossables, larges et les pentes se sont calmées. Ça a quand même continué à monter et rien n'était plus prévisible que la frontière autrichienne serait le point culminant de la route - une crête montagneuse étant dont une bonne idée pour tracer une frontière politique. B'en non, ça a monté encore 2 km après la douane déserte. Apex: 850m. Monter dans ce froid permet de se réchauffer en faisant travailler les muscles, mais en contrepartie, plus on travaille, plus on se fatigue et quand on est aux marges du supportable pour se garder au chaud, la fatigue joue contre nous. De plus, mentalement, la montée incessante nous rappelle que la route est loin d'être finie. À 15 km/h, c'est long longtemps.
On a descendu à petites doses, mais à bon rythme jusqu'à Bad Leonfelden à 27 km de Linz. Un arrêt dans une station-service a permis de s'évaluer mutuellement. On surveille les signes d'hypothermie. La température n'a pas vraiment quitté la plage des 6-7 C. Monia sourit encore, elle a les extrémités froides, trouve ça extrême, mais elle est prête à continuer, surtout si on part tout de suite. En effet, si on arrête trop longtemps, c'est fichu. Nous sommes gelés, mais ironiquement, il ne faut pas refroidir. On a descendu sur quelques villages, se gelant les doigts sur les freins et puis une nouvelle montée pour finalement dévaler 14 km jusqu'à Linz. Si monter tient au chaud tout en allongeant le supplice, descendre à 8% sur 14km accélère l'arrivée, mais au prix d'un facteur vent abominable. On n'avait plus de doigts à l'arrivée, nos chaussures était des piscines et nos seuls mots étaient des monosyllabes allemandes tellement on avait la gueule gelée. Arrivée 12:20.
On a trouvé refuge chez Harry's Home (On vous laisse trouver ça sur Internet). De belles chambres fonctionnelles au décor moderne. En plus, des laveuses automatiques sur notre étage nous ont permis de laver la pluie grasse de nos vêtements sans s'achever les mains à essorer. La pluie s'étant intensifiée, nous avons choisi de se faire un lunch en visitant le supermarché voisin de l'hôtel et de manger bien au chaud dans la chambre. J'ai ensuite astiqué les vélos qui étaient souillés, mais moins qu'à Ratisbonne, car nous sommes toujours restés sur l'asphalte.
En fin d'après-midi, nous avons décidé de prendre le bus de la ville pour au moins aller voir ce qu'a l'air le centre historique de Linz en allant souper là. Cependant, il pleut encore très fort. Arrivés là, c'est très beau, mais il n'y a pas beaucoup de choix de restos, alors on finit par entrer au restaurant italien par dépit et surtout avant de geler sur place. La soupe aux légumes, la pizza (avec de la roquette) et le dessert étaient très satisfaisant. Le serveur a dû trouver qu'on mangeait sans bon sens. Le froid a triplé l'effort et la dépense d'énergie.
Au rayon domestique, on a refait le plein de dentifrice à Prague et on l'a utilisé pour la première fois ce soir, l'autre tube étant vide. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai choisi du Colgate d'une sorte qu'on n'a pas au Québec, la saveur herbale avec eucalyptus, camomille et sauge. Quand j'ai commencé à me brosser les dents, j'ai pensé à Elvis Gratton, car j'avais franchement l'impression de me brosser les dents avec de l'Antiphlogistine. "Linda !"
On ne gardera pas un grand souvenir de Linz (on n'a rien vu) ou tout au contraire on ne l'oubliera jamais (on a travaillé fort pour y arriver). La nuit sera encore froide à 7 C, mais ça ne peut que s'améliorer demain, on repart vers l'est, le vent en poupe sur la EV6. Et puis, c'est nous qui se sont embarqués dans cette aventure, on ne va pas râler pour quelques degrés Celsius. C'est toujours b'en moins pire qu'un trou dans le coco, de la chimio ou une transfusion sanguine !
48.327998,14.323231
Trame sonore du jour:
Jungleland, Bruce Springsteen, Born to Run
« Outside the street's on fire in a real death waltz
Between what's flesh and what's fantasy
And the poets down here don't write nothing at all
They just stand back and let it all be »
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Location:Linz, Autriche
Que de belles photos. Oui effectivement les conditions vous poussent un peu dans vos limites mais ce que vous vivez en vaut la peine. Je serais curieux de te voir en robe sur ton vélo... je parle naturellement à Éric .... ;-)
RépondreEffacerEn passant le ride pour Bobn fût un succès sur toute la ligne. J'te raconterai au retour!
Bonne ride à vous 2!
Essayez Crest.
RépondreEffacer"Après 1 an, pu une Crest de dent !"
Larry, Curly et Moe