2011-09-18

Jour 15: Cap au sud en Bohème


121 km. Cum: 1322 km.

Tabor, République Tchèque - Nous avons quitté Prague avant 7:30 avec cette impression que ce n'est pas pour toujours. Il y a de ces villes qui nous appellent à revenir. Dans notre cas, Beaune, Istanbul, Damas, Barcelone auxquelles s'ajoutent Salzbourg et Prague. Rome et New York sont des aimants automatiques, mais sachez que nous n'avons toujours pas dormi à Paris ou Londres. Monia me dit toujours qu'elle veut attendre d'être vieille avant de faire ces destinations faciles. Moi je dis deux choses incertaines: devenir vieux et faire des visites faciles.

C'était justement un petit 121 km loin d'être facile aujourd'hui. On s'est extirpé de Prague après 10 km de travail dans des rues loin d'être conçues pour les cyclistes itinérants. Heureusement que c'est samedi et que nous sommes partis tôt. Une fois en campagne, les nuages précipitent quelques averses pas très significatives, mais assez pour rouler sur chaussée mouillée jusqu'à midi et que Monia gèle des pieds toute la matinée. Les villages endormis qu'on traverse sont plus modestes que ce que nous avons vu en Allemagne. Les maisons sont grises, ocres et sans artifices.

La campagne s'est épurée à mesure qu'on s'enfonçait dans la Bohème profonde. Comme chez nous, les foins sont en rouleaux comme des Shredded Wheat ou des guimauves selon le choix du moissonneur. Le paysage m'a rappelé à la fois les hauteurs de Sutton, le Vermont, parfois la Toscane, mais surtout les Pyrénées, car le relief était plissé plus qu'on aurait pu penser. Nous avons grimpé un total de 1600m aujourd'hui. Je suis surtout fier de ma routarde qui a gravi tout ça comme de rien. Elle a vraiment mérité toutes les robes qu'elle a apportées.

Nous avons lunché à Sedlcany après 75 km. C'était un peu peinard, car l'épicerie était excentrée et nous avons mangé nos sandwiches debout à côté de la rangée de paniers au lieu de s'asseoir sur la place centrale comme d'habitude. De là jusqu'à Tabor, le soleil a brillé sans arrêt. Sur des routes de campagne toute la journée, nous avons pu observer les voitures qui nous doublent. On ne voit plus autant de BMW ou de Volks. Il y a bien sûr un bon lot de spécimens asiatiques de Suzuki à Honda, quelques Ford, des vieilles Fiat, des Renault et des Peugeot, mais la marque dominante ici, c'est Skoda. Ne me demandez pas si c'est beau, je ne suis pas très connaisseur, ni passionné de bolides à moteurs. J'ai pratiquement acheté ma dernière voiture avant de l'avoir essayée. Monia n'est pas mieux, c'est le vendeur qui conduisait pendant l'essai routier.

C'est assez comique de voir Monia s'adonner à son sport préféré pendant ce voyage: la chasse aux menus de restaurant. Habituellement, elle veut en avoir vu au moins 25 avant de choisir l'endroit où on ba souper. Très difficile à faire depuis l'Allemagne et encore pire ici. On n'y comprend que dalle. Nous sommes devenus analphabètes. Nous avions fait quelques repères en allemand, mais ici c'est pire que pire. Quand les consonnes portent des accents circonflexes à l'envers, on abandonne vite la lecture. Parfois, trois consonnes se suivent, un cauchemar de dyslexique. J'ai abandonné d'essayer de vous nommer les noms des villages qu'on traverse, ils font tous 150 points au scrabble. Moi, les seuls mots tchèques que je connais, c'est Tomas Plekanec, Dominik Hasek, Roman Hamrlik, Jaromir Jagr et Scott Gomez. Ah non, Gomez c'est pas tchèque, c'est juste un gros chèque. Monia s'en tire bien tout de même, car elle réussit souvent à obtenir un menu avec traductions anglaises ou bien on se rabat sur les nombreux restos italiens. Gnocchis, pizza, tagliatelle, c'est universel.

Notre hôtel est très bien. Il y a une noce ici ce soir et après avoir entendu l'orchestre, on préfère ne pas être invités. Vous allez me dire qu'on n'est pas habillés pour y aller anyway, mais je ne serais pas surpris que Monia sorte des talons aiguilles de son sac. Ce soir elle s'est vaporisé du fixatif que je n'avais pas réalisé qu'elle avait. À voir ce qu'elle a réussi à apporter, j'aurais finalement de la place pour un autre bermuda ou peut-être même un kilt. Hmmm, peut-être aussi que ce soir, Peter Pan pourrait faire le parfait wedding crasher...

49.411762,14.656946

Trame sonore du jour:

That I Would Be Good, Alanis Morissette, Supposed Former Infatuated Junkie
« That I would be good if I got and stayed sick
that I would be good even if I gained ten pounds
that I would be fine even if I went bankrupt
that I would be good if I lost my hair and my youth »
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Location:Tabor, République Tchèque

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